L’Amazonie, ou le déracinement du monde…

Bordeaux, le 24 septembre 2019
Par Jean Vermeulen

Profondément touché cet été par le flux permanent d’informations sur les feux en Amazonie et la politique « Trumpienne » du président brésilien BOLSONARO, je ne pouvais manquer l’évènement Climax1 2019 qui s’est tenu du 5 au 8 septembre à Bordeaux. La cinquième édition du festival a eu lieu à Darwin2, « quartier-village » inauguré il y a maintenant dix ans afin de promouvoir l’économie durable, l’écologie et le lien social dans l’urbanité bordelaise.

Comme me le précise une festivalière : « Entrer dans Darwin, c’est tout d’abord s’immerger dans un lieu emblématique à Bordeaux. C’est de l’ordre de l’impressionnant et de la…Magie. Oui, ce lieu revêt l’âme d’un étrange non-lieu où prend forme une expérience éco-urbaine singulière à notre temps. Passé, présent et futur s’y côtoient : celle d’une friche post-industrielle, celle d’une spectaculaire rénovation architecturale et celui enfin d’un projet de vivre ensemble collectif et alternatif. Climax en permet l’immersion le temps de son déploiement, comme une belle aventure au cœur du festival. Entrer dans Darwin, c’est ainsi ! »

Le Festival Climax a toujours eu une vocation écologique. Le thème principal de cette année était la lutte contre la déforestation, l’impact de celle-ci sur les peuples y habitant et sur la bio-diversité. Les organisateurs ont du avoir une prémonition en l’intitulant L’AMAZONIE, OU LE DÉRACINEMENT DU MONDE … Cette problématique cadrait parfaitement avec l’actualité brésilienne : les incendies en forêt amazonienne qui n’ont cessé d’augmenter et la maltraitance que subissent les peuples indigènes, tout cela orchestré par le président brésilien et sa politique néo-colonialiste.

Mais la critique de ce système prédateur ne s’arrêtait pas au Brésil. La Nouvelle Guinée-Papouasie et les réserves indiennes Nord-Américaines n’ont pas été oubliées. Les journées se sont partagées entre conférences, projections de films et visites de stands regroupant diverses associations. En soirée quatre scènes offraient des concerts et performances.

J’ai peu été séduit par la programmation musicale que je trouvais sans relation avec la thématique, malgré la présence du rappeur brésilien CRIOLO3. Il est selon la presse ouvertement opposé à la politique de Bolsonaro, mais dont peu de personnes, pourtant nombreuses, ont dû comprendre le discours faute de parler le portugais.

Je me suis beaucoup plus intéressé aux représentants des peuples amérindiens, peut-être un phénomène de mémoire génétique due à mes origines. Je fus également touché par le chef d’une tribu papoue. De belles rencontres avec de belles personnes, disponibles et désireuses de défendre leur cause auprès d’un public, certes sensibilisé, mais pas conscient de l’impact que la coupe d’un arbre multicentenaire dans leur forêt pouvait avoir sur notre environnement.

Peu conscient aussi de l’influence négative que notre mode de vie a en retour sur ces écosystèmes si lointains. Nous ne réalisons ni la diversité, ni la richesse naturelle, encore moins la richesse culturelle de ces peuples, détruites par les avatars de notre modernisme.

Ce que j’ai retenu de ces journées ce sont avant tout des rencontres…

Celle avec le chef papou MUNDIYA4 fut des plus fraternelles. Il n’est petit que de taille car tout en lui est grand : sa détermination, sa disponibilité, son humanité et sa sagesse.Tout cela avec humour et gentillesse. Le film FRÈRES DES ARBRES5, dont il est le fil conducteur, nous immerge dans ces magnifiques forêts où vivent les papous. Quelle tristesse de voir ces arbres géants terrassés par la cupidité industrielle qui exploite la naïveté et le manque de vision globale du peuple papou. Par manque d’information et d’instruction, ils ne se rendent pas compte de l’ampleur du désastre. A cela il faut ajouter la pauvreté des populations locales dont notre civilisation a toujours su faire bon usage.

 

L’avenir de ces forêts me semble bien compromis malgré l’avertissement du chef Mundiya et les actions courageuses de certains élus locaux. Mais comment peuvent-ils intervenir sans le soutien du gouvernement central censé faire respecter l’interdiction d’exportation, celui-ci étant clairement corrompu par les exploitants forestiers.

La star du festival était RAONI6,7 célébrissime chef amérindien du peuple Kayapo et ami du musicien Sting. Après une longue attente il me fut permit de le rencontrer dans la salle de presse et de le photographier. Un grand honneur pour moi ! Passé le choc visuel du plateau labial, on est face à un vieux monsieur, restant disponible malgré sa grande notoriété. J’ai demandé à son neveu s’ils comptaient défendre leur forêt par les armes. La réponse qui me fut donnée me troubla : ‘’  La violence n’est pas dans notre logiciel…mais on se défendra ! »

Cet homme de 88 ans est un infatigable défenseur de la forêt et de son peuple. Durant son bref séjour en France il a rencontré le Président de la République, son Premier Ministre et le Maire de Bordeaux. Il exprima son souhait de voir destituer Bolsonaro et insista sur l’aide financière, toujours attendue à ce jour, promise par le Président français afin de doter son peuple de moyens de surveillance couvrant leur vaste territoire.

Son engagement sera peut-être mieux récompensé : son nom étant avancé pour une nomination comme futur Prix Nobel de la Paix.

Enfin, j’ai rencontré deux femmes d’exception : CLARISSE DA SILVA8 et CASEY CAMP HORINEK, toutes deux militantes de la cause indienne.

Elles ont dénoncé les effets nuisibles des extractions minières en territoires indigènes et l’impact de ce système prédateur sur leurs populations.

Leurs propos dépeignent un triste tableau. La Guyane envahie par les orpailleurs illégaux brésiliens, plus poussés par la faim que par l’appât du gain et leur mercure meurtrier… Cayenne, son chômage, sa drogue et son insécurité… Kourou et sa pollution engendrée à chaque lancement… Les États Unis et leur extraction de gaz de schiste… Leur surexploitation des ressources hydrauliques… Leur dénis de la pollution et du réchauffement climatique… Leur mépris de tout peuple et toute culture n’acceptant pas leur impérialisme…

Climax 2019, cette grande messe écolo-bobo, m’a laissé dans un profond sentiment de détresse, de tristesse, de pas assez. Pourtant, nous nous réunissons et débattons, certes… Mais toujours dans les limites de notre confort intellectuel sans aborder les solutions qui seraient trop radicales à nos yeux car mettant en danger le fondement même de nos sociétés basées sur le profit et l’illusion du bien-être immédiat.

Ce festival a le mérite de montrer la dégradation de notre TERRE MÈRE et d’en dénoncer certains responsables.

Mais ne sommes nous pas tous responsables en mettant au pouvoir chez nous et en maintenant au pouvoir ailleurs des politiciens dont nous savons que leur seul but est de défendre un ordre mondial uniquement basé sur le profit ?

Le profit n’est-il pas toujours basé sur l’exploitation d’une ressource naturelle et humaine ?

Je crois pourtant qu’il y a des solutions, bien que je doute que nous puissions un jour les mettre en place à cause de ce système mondial qui n’a de cesse de défendre son enrichissement au détriment de notre bien commun, la Terre et son vivant.

Nous avons mis en place un système qui nous gouverne et dont nous, bien que ses géniteurs, avons perdu le contrôle.

Nous devons arrêter de prendre plus que la TERRE peut nous donner.

J’oserai même dire : NOUS devons lui rendre ce que nous lui avons pris. Pour cela nous devons arrêter d’accroitre en nombre et en (faux) besoins, revenir aux vraies valeurs et ne pas succomber à celles que le système insuffle, jour après jour, en nous.

Nous n’avons qu’une seule solution démocratique pour cela, non violente et citoyenne : Notre manière de vivre et de consommer.

Plus nous serons nombreux à penser et à agir comme cela, plus nous partagerons au lieu de profiter, plus nous aurons de chance de sauver cette planète.

Je rectifie : C’est NOUS que nous sauverions car notre TERRE MÈRE n’a nul besoin de nous.

Annotations :

1 https://climaxfestival.fr
2
https://bordeaux-tourisme.com : darwin
3
https://fr.wikipedia.org : Criolo
4 https://fr.wikipedia.org : Mundiya Kepanga
5 https://freresdesarbres.com, Réalisé en 2017 par Marc Dozier et Luc Marescot. 
6 https://wikipedia.org: RAONI Metuktire ,https://raoni.com,https://www.afp.com: infos amazonie…
7 https://wikipedia.org: Raoni (documentaire), film réalisé en 1976 par Jean-Pierre Dutilleux et Luis Carlos Saldanha.
8 https://la1ere.francetvinfo.fr: « Clarisse Da Silva : Une Guyanaise au Parlement Francophone des Jeunes »

Pour contacter Jean Vermeulen :

Sa page Facebook
Son email : jcfvermeulen@gmail.com
Son téléphone : 07.83.73.19.47

 

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